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Le Moulin sur la Floss de George Eliot

Le moulin sur la Floss de George Eliot
Dans l’Angleterre de la fin du XIXe siècle, dans un moulin qui donne sur la Floss, une rivière qui sort régulièrement de son lit, vit la famille Tulliver, avec ses deux enfants Tom et Maggie.
Le roman s’ouvre sur leur enfance. Elle, intrépide et à l’esprit vif, ne veut pas se conformer à ce qu’elle devrait être pour satisfaire les siens. Plutôt gauche, sa nature la pousse toujours à faire ce qu’elle ne devrait pas et à se mettre dans des situations où elle embarrasse sa famille, qui désespère qu’elle ne soit un jour comme il faut, docile et distinguée…

Heureusement, son père qui a conscience de ses qualités, et qui ne peut s’empêcher d’éprouver de la tendresse pour ses yeux noirs et son teint hâlé, comme  avait sa propre mère, bien qu’il s’attriste qu’elle soit aussi intelligente, la défend inexorablement.

Mais le seul dont le jugement lui importe vraiment est celui de son frère adoré, qui conscient de sa supériorité en tant que garçon et de son ascendant sur sa petite sœur, la juge toujours sévèrement.

En effet, dès les premières années de leur existence, garçons et filles sont élevés complètement différemment. L’un aura le droit de recevoir une éducation et de choisir sa place dans la société, pendant que l’autre devra se contenter d’accomplir ses devoirs de femme… Ainsi, le père Tulliver dépensera toutes ses économies pour permettre à son fils de recevoir la meilleure instruction chez un pasteur pendant que Maggie devra se languir, seule, sans pouvoir assouvir sa soif d’apprendre.

Tom y fera la connaissance de Philippe Wakem, un doux et talentueux garçon qui eut le malheur de naître bossu. Inévitablement, leurs caractères opposés ne pourront que se heurter, alors qu’il deviendra le plus proche ami de sa sœur. Mais bientôt, le père Tulliver perdra son procès contre le père de Philippe et « fera faillite », ce qui signera le début d’une longue déchéance pour la famille Tulliver.

Presque reniés par les sœurs de Madame qui ne lui pardonneront pas d’avoir apporté un tel déshonneur sur leur nom, ils perdront tout ce qu’ils ont et vivront pauvrement. Le père de Maggie, si doux et aimant, rongé par la rage, tombera alors malade et n’en se remettra pas.

Devant ce drame, le jeune Tom alors âgé de 16 ans, n’aura d’autres choix que de chercher un travail auprès de l’un de ses oncles pour tenter de rembourser les immenses dettes de son père. Et la pauvre Maggie, dont les chers livres ont été saisis, essaiera de mener une vie d’ascète et de calmer ses élans passionnés.

Le deuxième volet du livre et le plus passionnant sera l’entrée dans l’adolescence de Maggie. On la retrouve belle et dont l’esprit a pu s’épanouir grâce à son ami Philippe, secrètement amoureux d’elle, qui lui a apporté des livres, lors de leurs rendez-vous cachés dans la nature.

Elle lui fera la promesse de l’aimer toujours, bien qu’elle soit encore jeune et qu’elle ne sache pas vraiment ce qu’est l’amour. Jusqu’au jour où son frère Tom apprendra l’existence de ces entrevues et après avoir accablé sa sœur de reproches, la fera jurer de ne plus jamais revoir Philippe sans son consentement. Déchirée entre ses sentiments et son affection pour son ami, dont elle a conscience d’être le seul rayon de soleil, elle s’y résoudra pourtant, l’amour de son frère étant le plus important…

Quelques années plus tard, après la mort de son père, le destin les fera se retrouver à nouveau, chez la cousine de Maggie, la douce et gentille Lucy, chez qui elle viendra passer ses vacances. Mais, elle y rencontrera également le fiancé de celle-ci, le beau et séduisant Stephen Guest.

Chacun fera tout pour lutter contre cette passion naissante. Mais entre son bonheur futur et les promesses du passé ; sa notion du devoir, ce qui est juste et ses sentiments, elle livrera un combat intérieur sans merci, dont la fin sera tragique.

Maggie est de ces héroïnes attachantes, fortes et passionnées, qui est différente de la plupart des êtres qui l’entourent, car elle est bien plus intelligente et sensible, ce qui lui donne une conscience élevée de ce qui se trame, mais la fait souffrir peut-être encore davantage. Avec son cœur pur, son sens du devoir et les tourments qu’elle s’inflige, elle pourrait être un personnage d’une tragédie grecque, tout comme le dénouement le confirme.

Avec Le Moulin sur la Floss, George Eliot nous offre une fresque de la société anglaise victorienne et de ses campagnes au XIXe siècle. Ce livre, qui était l’un des préférés de Marcel Proust, dresse un tableau des mœurs de l’époque, de l’esprit fermé et étriqué de ces gens qui ne sont jamais sortis de leur campagne, où le qu’en dira-t-on et la bienséance règnent, et où la seule chose qui compte est de ne pas apporter le déshonneur aux siens. La famille y est d’ailleurs représentative de la société qui juge et condamne sans savoir.

À travers cette figure féminine qui lutte pour son émancipation, et par son rapport à son frère, l’auteure dénonce la place de la femme dans la société, qui n’est reléguée qu’à un rôle secondaire et est condamnée à dépendre des hommes.

George Eliot, qui, comme George Sand n’avait pu écrire sous son vrai nom, Mary Anne Evans, nous offre un livre qui est devenu un classique mais qui n’est plus si connu de nos jours et qu’il faut à tout prix redécouvrir.

Malgré des longueurs et des passages fastidieux à lire, la perspicacité, la finesse et l’ironie de la plume de son auteure en font un livre exceptionnel, en particulier, pour sa deuxième partie qui nous emporte dans les limbes amoureuses de l’adolescence.

Ce roman est l’un des plus autobiographiques de l’écrivain, pour ses souvenirs d’enfance, mais aussi parce qu’elle fut mise au ban de la société, comme son héroïne, pour avoir entretenue une relation scandaleuse avec le philosophe et critique George Henry Lewes, avec lequel elle n’était pas mariée.

Virginia Woolf, qui était une fervente admiratrice de George Eliot, lui rendit ce magnifique hommage : « L’issue fut triomphale pour elle, quel qu’ait pu être le destin de ses créatures ; et quand nous nous rappelons tout ce qu’elle a osé, tout ce qu’elle a accompli, la façon dont, malgré tous les obstacles qui jouaient contre elle (le sexe, la santé, les conventions), elle a cherché toujours plus de savoir, toujours plus de liberté jusqu’au jour où le corps, accablé par son double fardeau, s’effondra, épuisé, nous devons poser sur sa tombe toutes les brassées de lauriers et de roses que nous possédons. »

L’excellente préface de cette édition de poche Folio, nous apprend beaucoup sur l’auteure et sur les subtilités du roman, mais il vaut mieux la lire après car elle nous révèle l’intrigue finale…

Le Moulin sur la Floss de George Eliot chez Folio

Morceaux choisis :

Elles sont amères ces peines de l’enfance ! Lorsque la peine est entièrement nouvelle et inconnue, lorsque l’espérance n’a pas encore d’ailes pour voler au-delà des jours et des semaines, et que l’espace d’un été à l’autre semble infini.

Les parents pauvres sont assurément agaçants… nous n’avons pas vraiment souhaité leur existence, et presque toujours ce sont des gens très imparfaits.

C’était un temps où l’ignorance était beaucoup plus à l’aise qu’à présent, où elle était reçue avec tous les honneurs dans la très bonne société, sans être obligée de se parer des vêtements raffinés du savoir ; un temps où il n’existait pas de périodiques à bon marché et où les médecins de campagne ne s’avisaient jamais de demander à leurs patientes si elles aimaient la lecture, mais se contentaient de penser qu’elles préféraient tout naturellement les commérages (…).

Qu’une créature façonnée – au sens généalogique – à partir de la côte d’un homme, et dans ce cas particulier, entretenue dans une situation des plus respectables, sans aucun effort de sa part, soit généralement toujours prête à contredire les propositions les plus aimables et même les concessions les plus accommodantes, voilà qui était un mystère de la Création, dont il avait souvent cherché en vain la clé dans les premiers chapitres de la Genèse.

Vous ne pourriez pas vivre au milieu de ces gens-là ; vous étouffez parce que rien ne vous permet de vous échapper vers quelque chose de beau, de grand, ou de noble ; vous êtes agacés par ces hommes et ces femmes médiocres parce qu’ils forment une population en désaccord avec la terre.

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