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Ma librairie » Critiques, ★★☆☆☆ - Moyen » Ursúa de William Ospina

Ursúa de William Ospina

Ursúa de William Ospina 1544, l’Amérique du Sud voit débarquer le jeune Pedro de Ursúa, un basque de 17 ans, encore imberbe qui ne rêve que de grandes épopées et d’aventures extraordinaires.
Mais la guerre entre les conquistadors fait rage.
Le redoutable Francisco Pizarro, qui a conquis le Pérou et réussi à démanteler l’Empire Inca en faisant prisonnier puis en exécutant leur chef, le grand Atahualpa, vient d’être assassiné par ses pairs.
Le bel Ursúa, bercé dans son enfance par les récits de Pizarro, et qui ne rêve à son tour que de gloire et de richesses, décide alors de partir pour la province de Santafé (actuelle Argentine) où son oncle le fait gouverneur.

Là, sa soif de violence et de guerre peut s’assouvir et il se livre avec ses armées à des exactions envers la population.
Assoiffés de pouvoir et d’or, ils ne respectent rien, massacrent les Indiens ou les réduisent en esclavage pour atteindre leur but. Mais l’intrépide Ursúa se heurte aux guerres intestines de son clan et à une nature effrayante et hostile, peuplée de caïmans et de tigres et dont les croyances indiennes ne rendent que plus cauchemardesque.
Dans cet immense territoire où les frontières n’existent pas et où se cachent des centaines de tribus indiennes ayant chacune sa propre langue et des femmes magnifiques, les Espagnols vont y perdre leur âme et les mirages de l’or vont conduire Ursúa à sa perte.
Ce livre parle d’une des pages les plus sombres de notre Histoire, la conquête de l’Amérique du Sud par les conquistadors ou le pillage des richesses, la chute de l’Empire Inca et les massacres de la population Indienne.

Un récit qui fait froid dans le dos, et qui relate avec force détails avec quelle violence et haine les Espagnols se sont emparés de l’or, ont asservis les Indiens et utilisés les Noirs qu’ils amenaient d’Afrique pour arriver à leur fin, les traitant comment s’ils n’étaient des Hommes.

Mais, malgré une prose magnifique, extrêmement bien traduite par l’écrivain Claude Bleton, on déplore que le récit soit si confus, sans véritable histoire, à part peut-être dans la seconde partie, et qu’il soit rempli d’une multitude de détails et de noms, si bien qu’on perd constamment le fil; ne se résumant en somme qu’aux exactions des Espagnols.

Bien que ce livre ait joui d’une bonne critique, comme celle notamment du « livre le plus important de l’année » de la part du Prix Nobel, Gabriel Garcia Marquez, auteur du génial “Cent ans de Solitude”. On y retrouve en effet une sorte de frénésie, d’ivresse, comme si l’auteur était pressé de nous livrer un flot de paroles, mais au final, on s’y perd plus qu’autre chose.

Sur le même thème, la trilogie Inca, de Antoine B. Daniel, dénonce également la barbarie des conquistadors, mais tout en nous racontant une formidable et passionnante histoire.

Ursúa de William Ospina chez JC Lattès

Inca de Antoine B. Daniel chez Pocket

Morceaux choisis :

« Ils ignoraient encore les nuits de bourrasque et les aurores de fange, la fièvre et les moustiques qui règnent  au bord du fleuve ; ils ne pressentaient ni l’ampleur de l’avalanche, ni la crue et son tribut de pierres, ni la nuit qui multiplie les tigres et la forêt multipliée par les cigales, les arbres écorce-de-chenilles, les colonnades immenses et ligneuses de la forêt qui repousse le soleil, ils ne pressentaient pas non plus les  nuées de perroquets, le ramage frénétique des singes minuscules, les plateaux empierrés de crânes. »

« À mesure qu’ils se rapprochaient des éclairs, la nuit était plus claire et constellée d’étoiles, aucun indice de pluie ou d’orage, et pourtant l’éclair continuait de briller au loin, illuminant les territoires avoisinants, et ils eurent l’impression qu’il faisait perpétuellement jour sur cette terre, car l’éclat n’avait pas le temps de décroître qu’un autre lui avait déjà succédé. Ursúa m’a dit qu’une force le poussait avidement à  atteindre ce lieu, pour voir s’il n y avait pas sous cet éclair une ville en métal argenté, mais les hommes parlaient des cités maudites sur lesquelles fleurissaient les foudres du châtiment, et quelqu’un demanda si on n’était pas arrivé aux portes de l’enfer. »

« Il remportait dans sa mémoire le spasme de ces serpents de lumière dans le ciel, au-dessus du lac, la fournaise interminable ouvrant des cavernes au cœur des nuages lointains et révélant dans la nuit d’immenses pays blanchâtres qui basculaient en silence aux confins de l’horizon. »

« Il est vrai qu’il était, et qu’il l’a été jusqu’à sa mort, respectueux de la Couronne, mais il y avait en lui une soif inextinguible de cruauté et de violence, et seule la guerre créait cet espace où son cœur pouvait être fidèle à ses lignages brutaux, à la température de son sang, sans avoir le sentiment de profaner les lois. C’est pourquoi il aimait tant la guerre, ses débordements lui permettaient d’être brutal sans cesser d’être un chevalier, et pour cette raison sans doute il était surtout tenté par les guerres contre les infidèles, contre les Indiens et les esclaves, car son dieu lui autorisait alors toutes les cruautés, pourvu qu’il n’attente pas à la vie de ses semblables. »

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Catégories: Critiques, ★★☆☆☆ - Moyen

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