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Un hiver à Majorque de George Sand

Un hiver a Majorque
Hiver 1838-39. George Sand, ses deux enfants et Frédéric Chopin décident de passer l’hiver à Majorque, la plus grande île des Baléares.
Ils espèrent y trouver une douceur de climat, un accueil chaleureux et un calme pour leur permettre d’écrire et de composer. Mais ils ne trouveront rien de tout ça.
La pluie tombera pendant deux mois et les Majorquins se montreront extrêmement méfiants à leur égard, comme avec tout étranger.
Dans ce livre qui se situe entre le roman et l’essai, l’auteur dresse un portrait au vitriol de ce peuple qu’elle qualifie presque de tous les noms et de tous les maux.

Et qui, au lieu de leur tendre la main, leur a tourné le dos chaque fois qu’il en avait l’occasion.
Chopin, dont la santé était déjà fragile voit son mal accru par l’humidité qui règne dans la chartreuse de Valldemossa où ils logent ; seul endroit où ils ont pu trouver refuge ainsi que par une diète qui leur est imposée à cause des difficultés à s’approvisionner dû également au mauvais temps.
Heureusement, l’île regorge de beautés comme ils n’en ont jamais vues et George Sand tombera même en pâmoison devant ces paysages à couper le souffle, ces falaises à pic qui se jettent dans une eau claire et transparente… Et ces villages bordés d’orangers, de citronniers, d’amandiers et d’oliviers qui feront leur bonheur.
Mais son esprit indépendant de femme libre et écrivain se heurte à l’étroitesse d’esprit des habitants dont elle n’a de cesse de dépeindre le côté dévot, le peu de culture et l’abrutissement.
Un ouvrage à lire pour apprendre à connaître l’île au XIXème siècle, même si certains de ses propos peuvent paraître très choquants. Il n’en est pas moins un précieux témoignage de Majorque à une certaine époque, avec sa mentalité et qui sous le joug espagnol, vivait repliée sur elle-même dans la peur de l’autre, surtout s’il n’allait pas à la messe ou à confesse…
Un hiver à Majorque contient également une nouvelle passionnante sur un artiste et un moine qui débattent de l’inquisition.


Morceaux choisis:

C’est qu’il ne s’agit pas tant de voyager que de partir.

Mais pour nous qui sommes habitués à nous chauffer en hiver, cette maison sans cheminée était sur nos épaules comme un manteau de glace, et je me sentais paralysée.

Nous ne pouvions nous habituer à l’odeur asphyxiante des braseros, et notre malade commença à souffrir et à tousser. De ce moment, nous devînmes un objet d’horreur et d’épouvante pour la population.

Tout y portait témoignage de l’indifférence et de l’inaction ; jamais un livre, jamais un ouvrage de femme. Les hommes ne lisent pas, les femmes ne cousent même pas.(…) Cette absence de vie intellectuelle fait de l’habitation quelque chose de mort et de creux qui n’a pas d’analogue chez nous, et qui donne au Majorquin plus de ressemblance avec l’Africain qu’avec l’Européen.

Pleure donc qui voudra sur les ruines ! Presque tous ces monuments dont nous déplorons la chute sont des cachots où a langui durant des siècles, soit l’âme, soit le corps de l’humanité.

Quand la vue des boues et des brouillards de Paris me jette dans le spleen, je ferme les yeux et je revois, comme dans un rêve cette montagne verdoyante, ces roches fauves et ce palmier solitaire perdu dans un ciel rose.

Il suffit que vous ayez un air étranger pour qu’ils vous craignent et se détournent du chemin pour vous éviter.

Et pourtant ce paysan majorquin a de la douceur, de la bonté, des mœurs paisibles, une nature calme et patiente. Il n’aime point le mal, il ne connaît pas le bien. Il se confesse, il prie, il songe sans cesse à mériter le paradis ; mais il ignore les vrais devoirs de l’humanité. Il n’est pas plus haïssable qu’un bœuf ou un mouton car il n’est guère plus homme que les êtres endormis dans l’innocence de la brute.

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