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Ma librairie » Critiques, ★★★★★ - Coups de coeur » Les Chiens et les Loups d’Irène Némirovsky

Les Chiens et les Loups d’Irène Némirovsky

Les chiens et les loups d’Irène Némirovsky Dans une ville ukrainienne, se côtoient deux mondes bien distincts.
D’un côté, la ville basse avec ses Juifs miséreux, de l’autre, “au sommet des collines couronnées de tilleuls”, les riches Juifs.
Les uns représentent le rêve inatteignable, les autres, le malheur et la boue dont ils sont issus et dans lequel ils pourraient peut-être un jour retomber.
C’est pourquoi, entre les deux, il n’existe aucune communication, aucun pont. Mais un jour de pogrom, la riche famille Sinner voit débarquer dans sa salle à manger, deux enfants hirsutes et sales qui se disent être des cousins et qui portent le même nom.

Ada, dès cet instant, vouera un amour total et passionné à son cousin Harry tandis que que Ben, l’éternel affamé, le haïra pour avoir tout ce que lui n’a pas eu, l’opulence et le confort.
Exilés à Paris, Ada deviendra peintre et épousera Ben, mais gardera son adoration pour Harry. Un jour, alors marié à une française de bonne famille, il acceptera enfin de regarder cette jeune femme fragile et sauvage qui peint des paysages et des scènes de leurs vies d’avant, lorsqu’ils vivaient à l’Est.
Tiraillé entre ses deux cultures, ces deux mondes, Harry choisira enfin Ada… Mais convaincue comme tous les Juifs issus de la ville basse d’amener le malheur, elle ne pourra que voguer vers un destin tragique.

D’origine ukrainienne mais exilée à Paris, le Russe et le Français sont ses deux langues maternelles. Ainsi, comme ses personnages, Irène Némirovsky a cette dualité ; parisienne mais slave, juive mais convertie au catholicisme. Et personne ne sait comme elle l’exprimer…
Elle dépeint les sentiments exaltés de ses semblables comme le font les écrivains russes et nous dévoile leur âme et leur psychologie avec une finesse et une acuité hors du commun.
Son œuvre est d’une richesse que l’on retrouve chez peu d’auteurs contemporains; et elle est  sûrement l’un des plus grands écrivains du XXème siècle.

Morceaux choisis :

Ce n’était pas qu’elle vît simplement ce qui l’entourait. Elle le buvait comme un être mourant de soif se jette sur l’eau et boit sans arriver à se rassasier, sans parvenir à reposer le verre ; ainsi chaque couleur, la forme de chaque objet, les visages de ces étrangers semblaient pénétrer en elle jusqu’à une place profonde et secrète, cachée dans son cœur et dont, jusqu’ici, elle n’avait pas soupçonné l’existence.

Lorsqu’on disait d’un Juif de la ville basse qu’il était honnête, comment ne pas le plaindre, ce pauvre homme à qui Dieu avait oublié de donner des griffes et des dents pour se défendre ?

Oui, je bluffe, j’invente, mais on commence par imaginer tout ce qu’on ne peut pas posséder, et on finit, si on le désire avec assez de force, par posséder plus qu’on n’a imaginé.

Chez les Juifs, tout se faisait par sauts et par bonds. Bonheur et malheur, prospérité et misère fondaient sur eux comme le tonnerre du ciel sur un bétail. C’était ce qui engendrait en eux à la fois une perpétuelle inquiétude et un invincible espoir.

Comme toutes les mères, elle était à la fois au-delà et en deçà de la vérité : ce qui crevait les yeux ne la touchait pas, mais elle devinait ce que Harry lui-même n’avait pas compris alors. L’âme de son fils formait pour elle un palimpseste, où parfois un mot seul était compréhensible, et cela suffisait à illuminer le texte entier d’une lumière fulgurante. Quelle est la mère digne de ce nom, pensait-elle, qui ne reconnaît pas la première sur le visage de son fils cet air humble et exigeant, particulier à l’amour qui s’ignore ?

Elle n’avait pas encore appris à révéler sa souffrance comme elles eussent pu le faire, d’un frémissement des lèvres, d’un geste hautain de la tête.

Il lui fallait avec acharnement, cruauté, chercher inlassablement les secrets que recelaient de tristes visages et des cieux sombres.

Ainsi, certains visages, certaines maisons inconnues éveillent dans la mémoire un écho à la fois mélancolique et doux, comme si on retrouvait les témoins d’une vie antérieure.

Lire également:
http://www.malibrairie.net/livres/critiques-de-livres/critique-le-maitre-des-ames-d%E2%80%99irene-nemirovsky.html

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