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Le chagrin de Lionel Duroy


Un livre terrible et remarquablement écrit sur la famille où l’auteur dévoile ses blessures et sa haine de sa mère. Cherchant désespérement à en être aimé, il est rejeté par elle. En effet, il ne ressemble en rien, à l’inverse de ses deux frères ainés, aux hommes de sa famille, ressemblant à celle de son père qu’elle ne peut s’empêcher de railler.
Il la décrit comme une marâtre, à moitié folle, débordée par douze grossesses, des enfants qui courent partout, un mari irresponsable qui lui fait des promesses qu’il ne tient pas, qui lui ment et lui fait croire qu’il emmène les enfants à l’école quand ils passent leurs journées à attendre sur des bancs publics, dans la rue, ou dans la vieille Peugeot.
Qui se fourre toujours dans de sales draps et ne gagne jamais assez d’argent en lui promettant toujours qu’ils vont déménager et revenir dans leur bel appartement du XVIème arrondissement dont ils ont été expulsés car ils ne payaient plus les charges. Ils n’auront d’ailleurs plus l’électricité, à un moment et les huissiers se succèderont.

Son père Toto prend même ses enfants à partie, pour qu’ils les aident à cacher les lettres de menace d’expulsion ; ils deviennent partie intégrante de la supercherie. Malgré tout, le narrateur voue une haine immense à sa mère quant il a de la compassion et de l’amour pour son père qui essaie de se démener et de faire ce qu’il peut.
Cette fresque familiale racontée sur fond de guerre d’Algérie et d’appartenance à une famille Pétainiste de la première heure est passionante meme si cruelle. La chute de la famille qui s’enfonce dans les dettes et chaque nouvelle année qui apporte son nouvel enfant…
Mais l’auteur n’arrive pas à sortir avec les années de sa haine pour sa mère et lorsqu’il se met à l’écriture, il décrit les déboires de son clan dans ses romans, ce qui lui vaut le rejet instantané et en bloc de ses frères et sœurs qui se sentent trahis et qui n’ont pas le même regard que lui sur leur histoire familiale.

Ce livre dit aussi toute la complexité de l’auto-fiction, et ses limites. L’écrivain a-t-il tous les droits ? Peut-il tout dire ? Oui, du moment que cela n’engage que lui ? Or, par définition, lorsqu’on parle de sa propre famille, cela ne peut jamais engager que soi.
Un livre intéressant même si parfois trop dans la remontrance et le reproche à sa mère qui se transforme en règlement de comptes. Il affirme d’ailleurs son envie de tuer sa mère, ce qu’il fait peut-être avec la parution de ce livre. On aimerait que l’auteur sorte de sa haine par moments pour sa mère, surtout à son âge.
Il paraît parfois incompréhensible et injuste que l’enfant qu’il fut, alias William n’arrive jamais à se mettre dans la peau de sa mère et ne comprenne ou n’ait de la compassion pour celle qui subit les mensonges et humiliations insupportables de son père, que lui, défend, inexorablement et continue de prendre pour son héros !
L’auteur raconte aussi ses histoires d’amour et ses déboires amoureux, ses échecs et errances, la naissance de ses enfants. Mais il ne semble pas se rendre compte des erreurs que lui, à son tour commet vis à vis de sa famille.

D’ailleurs, il est intéressant de noter que Robert Laffont, l’éditeur de Lionel Duroy vient d’etre condamné à verser 10 000 euros de dommages et intérets à son fils dont il parle dans son dernier ouvrage, Colères, paru en 2011 dont voici un extrait :

Comme c’est étrange que tout arrive au même moment, mon impuissance à aimer Hélène, la honte et l’humiliation que m’inflige mon fils en marchant sur les traces de mon père, en me ramenant au temps où nous avions affaire aux huissiers, aux avocats, aux tribunaux, à tous ces gens qui me font horreur, enfin le départ d’Anna qui met un terme à cette famille que nous avions cru réussir, mais d’où elle s’enfuit avec soulagement, exactement comme Hélène et moi nous étions enfuis de nos propres familles. Comment avons-nous pu rater à ce point notre propre aventure familiale, alors qu’à chaque instant nous avons eu le sentiment de bien faire ?

L’écriture de son livre et sa parution lui apparaissent comme vitale mais pour cela, il est prêt à sacrifier sa famille. Il espère être le sauveur et que ses frères et sœurs se rallieront à sa cause, seront derrière lui, or, c’est l’inverse qu’il se produit, ils se liguent autour de sa mère et contre lui !

Malgré tout, il cherche la reconnaissance de sa mère, sa douceur, à remplacer l’absence de Toto, à ce qu’elle n’ait plus toujours du chagrin…

Il n’y aurait rien à dire si c’était un roman, un vrai, et crois bien qu’en ce cas je ne m’autoriserais aucune critique, j’ai trop de respect pour la création littéraire, mais le problème, c’est que tu n’as rien inventé, tu t’es contenté de raconter notre histoire…

Tu as raison, Frédéric, j’ai peur qu’elle ne se remette pas de ce livre, mais je pense que si je ne le publie pas, c’est moi qui ne vais pas m’en remettre.

Le chagrin de Lionel Duroy chez Julliard

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