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Derniers Messages de Stefan Zweig

Derniers Messages de Stefan Zweig
Nul n’a si bien écrit sur la création artistique, décortiquant la magie du processus et à la fois son travail. S’appuyant sur de nombreux chefs d’œuvre qu’ils soient en littérature, en peinture ou en musique, l’auteur met en exergue les différentes manières de créer.
Parfois, elle est limpide comme de l’eau de roche et coule à travers l’écrivain comme le vent dans la flûte qui n’a plus qu’à souffler dedans pour la matérialiser, et lui donner un son. Le créateur fait de même, il doit transmettre au monde extérieur sa vision intérieur.
Ce qui est passionnant c’est que justement, connaissant les joies et les méandres de la création, étant un écrivain déjà reconnu à l’époque, il sait de quoi il parle. Et il peut apporter un éclairage unique sur comment jaillit la flamme, l’étincelle, le souffle de création avant de se combiner au travail, et devenir un chef d’œuvre.


Passionnant, ce petit livre est un recueil de textes issu de la dernière décennie de Stefan Zweig. Il y consacre notamment un chapitre à la Vienne d’avant, celle qui était la maîtresse et l’inspiratrice des plus grands musiciens de tous les temps.
Où une joyeuse décadence, une légèreté régnait dans les tavernes et les cafés. Qui était un réél vivier de nationalités, de langues, d’ouverture d’esprit, où l’on lisait les journaux de tous les pays et où l’on ne vivait que pour l’art, sous toutes ses formes, mais surtout pour la musique et l’opéra.

Ce n’est pas un hasard si Mozart, Schubert étaient autrichiens et par dessus-tout, Viennois. Car pour lui, Vienne est à part, c’est presque une nation à elle toute seule, on y côtoie des gens de l’Europe entière. À Vienne, on n’y est pas autrichien, on y est d’abord Européen ! Et il est pour le supranationalisme, seul garant de la paix en Europe. Mais l’on regrette que ses idées n’aient pas été entendues…

Alors, il exprime sa nostalgie de cette Vienne disparue, l’embellissant sûrement comme on embellit un amour perdu.

Mais l’écrivain évoque aussi les figures de Tolstoï, Lord Byron, Béatrice Cenci, et du poète Hugo Von Hofmannsthal, auquel il rend hommage puis il termine par L’été 1914, un ouvrage de Roger Martin du Gard où il met en parallèle les prémices de la Première Guerre Mondiale avec 1936, et la Seconde Guerre Mondiale qui se prépare.

Comme il le déplorait déjà dans un texte de 1919, appelé : La tragédie du manque de mémoire, Zweig constate « la tendance à l’oubli des horreurs de la guerre qui se manifeste un an à peine après l’armistice de 1918. » Il ajoute que : « Si la guerre commença malgré tout, c’est parce que, jusqu’au dernier moment, personne ne la crut possible ». Et de conclure : « Leur esprit a été intoxiqué par le nationalisme et par une vision de l’histoire européenne qui leur suggère que la guerre et non la paix, est la norme. »

Indéfectible pacifiste, Zweig choisira finalement l’exil, devant la montée du Nazisme et se suicidera, en 1942, au Brésil.

Ces pages écrites dans une prose magnifique sont précieuses et uniques car elles nous font mieux connaître l’un de nos plus grands écrivains et surtout penseurs du XXème siècle.

À lire !

Derniers messages de Stefan Zweig aux Editions Bartillat

Morceaux choisis

L’artiste saisi par l’inspiration acquiert une sorte de légèreté ailée. Une sûreté de somnambule s’empare de lui et, le porte par-delà toutes les difficultés sans qu’intervienne son intellect. L’esprit créateur passe en lui et à travers lui de même que l’air passe dans la flûte et se transforme en musique. L’artiste est le medium inconscient d’une volonté supérieure. Il n’a lui-même rien d’autre à faire que de rendre fidèlement ce que cette volonté exige de lui, à savoir exprimer sans changement une vision intérieure. L’état de création est, par conséquent, considéré d’après ces manuscrits, un état purement passif, exempt de tout effort humain personnel. »

Entre nous, les riches et les pauvres, il y a le mur d’une fausse éducation, et avant que nous puissions venir en aide, aux pauvres, il nous faut l’abattre. Tolstoï

Le luxe n’est plus pour lui qu’une fleur vénéneuse du marécage de la richesse extirpée pour l’amour de l’égalité entre les hommes. La lutte qu’engage ainsi Tolstoï contre la propriété est bien plus acharnée que celle de Marx et Proudhon.

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